Soledad et Süleyman ou l’histoire de l’invraisemblable amour

Soledad et Süleyman ou l’histoire de l’invraisemblable amour

Soledad et Süleyman ou l’histoire de l’invraisemblable amour, conte de Bady B. Naceur, illustrations d’Odette Monnier

Il existera toujours des âmes généreuses

Occidentale, elle est, celle-là.

Venant de France, du Midi si méditerranéen, si proche, si chaud et si prompt à l’affect. Elle considère, avec force conviction, qu’elle a des origines orientales lointaines. Intervenant sur le texte de Mustapha Bady Ben Naceur, elle se fie à son instinct, à son inconscient pour illustrer Soledad et Süleyman.

L’effet est surprenant ! L’exposition des oeuvres d’Odette Monnier à la galerie «l’Atrium» a fait sensation. Tous ceux qui sont venus au vernissage tombèrent sous le charme de cet imaginaire foisonnant, mais si familier et qui vous transporte dans une invitation au voyage au pays où les instincts sont humanisés à tel point que la constitution du monde de ceux qui marchent debout se réduit à une seule loi : «Fais ce que tu voudras». Point de dérive. N’y entre que les êtres munis d’une générosité de l’âme et disposant d’un patrimoine génétique fait de rêves sublimes et d’ouverture sur l’Autre. Le texte de B.B.N. est un réquisitoire contre le choc des civilisations qui envenime le monde d’aujourd’hui. Il exorcise les mythes, avec toute la charge d’intolérance et d’extrémismes, et propose un autre créneau, celui de l’a priori du préjugé favorable sur l’Autre. Ouvrant les vannes de l’amour intéressé par l’amour du semblable, composition d’un bonheur possible et à portée.

Tolérance, compréhension, échanges

D’ailleurs le conte de Soledad et Süleyman est une cosmogonie qui prouve que les mariages mixtes peuvent être heureux. Soledad, solitaire effréné comme son nom l’indique, est d’origine andalouse. Il est donc un lieu de métissages multiples, culturels et génétiques, rencontre Süleyman, symbole des religions révélées, mais lovant cette qualité unique dans l’histoire des hommes : il maîtrise le langage des animaux. C’est l’être qui incarne la communication par excellence.

En couple harmonieux, Soledad et Süleyman symbolisent la tolérance, voire la compréhension et l’échange entre deux rives théologiquement irréductibles à l’amour. Morceau de bravoure, tour de force majeure dicté par cet élan si légitime et si naturel par les temps qui courent et qui évacuent l’humain au profit d’un égoïsme monstrueux de Goliath.

David est toujours possible et le rêve persiste contre vents et tsunamis.

De son côté, Odette Monnier a su imprégner à ses œuvres qui font penser à des miniatures, mais sans cette portée narrative, d’où leur originalité et leur modernité, une teneur qui tient du patrimoine arabo-musulman. Du coup, ses couleurs vives et éclatantes conjuguées aux personnages des Mille et Une Nuits, vous mettent de plain-pied dans le monde de la BD, si proche, si familier et si intime.

Le texte de B.B.N. et les illustrations qui ont statut d’oeuvres à part entière d’Odette Monnier ont su tisser cette cosmogonie dont le trait distinctif n’est autre que cet impératif incontournable d’opérer une interaction productive de générosité, d’amour et de foi en l’avenir de l’Homme.

Qui des deux l’emporte sur l’autre, le texte ou les oeuvres picturales ? La relation entre les deux est organique. L’un ne va pas sans l’autre car le texte a, comme l’affirme Roland Barthes, des blancs de sens, et «l’image» dit l’indicible du texte.

Cette exposition organisée à l’Atrium, par ailleurs espace onirique se prêtant à l’évasion vers le pays de cocagne, avoue l’incapacité d’un seul code, linguistique ou pictural, à rendre l’indicible et à révéler l’invisible.

Le mot d’ordre étant : «La seule panacée contre la mort c’est l’amour», B.B.N. Odette Monnier s’affirment-ils en prêcheurs d’une nouvelle dimension esthétique et idéologique ici bas ? Seule la foi sauve de la damnation. Allez voir.

Néjib GAÇA